La myopathie atypique est une maladie qui a déjà touché 173 chevaux en Europe depuis le début de l’automne, dont 25 en Belgique. «Comme il s’agit de déclarations spontanées, on estime qu’on est à 20% de la réalité: on serait à au moins une centaine de chevaux en Belgique et un millier en Europe», dit Dominique Votion, chercheuse au Pôle équin et au FARAH (Fundamental and Applied Research for Animals & Health) de la Faculté de Médecine vétérinaire de l’Université de Liège.

La myopathie atypique des équidés maladie émergeante est présente en Europe depuis 1984 et est apparue en Belgique en 2000. La cause est attribuée à l’action d’une toxine, l’hypoglycine A. Elle est contenue dans les graines de plusieurs arbres de type Acer: l’érable sycomore, chez nous, ou l’érable négundo aux États-Unis.

Le cheval meurt en 24 heures

La maladie est assez fulgurante. L’hypoglycine A présente dans les graines se transforme en un composé toxique, le MCPA, qui induit une incapacité pour les cellules musculaires à utiliser les lipides comme substrats énergétiques. Les muscles les plus atteints sont ceux qui travaillent en permanence: les muscles de la posture, de la respiration et le cœur. Par manque d’énergie, ils se dégradent et libèrent dans le sang une molécule appelée myoglobine, dont la couleur rouge teinte l’urine des chevaux.

«Les graines d’érables agissent comme un poison lent, qui est présent sur la prairie. Quand le cheval a mangé l’équivalent de quelques poignées, le poison s’accumule et s’attaque aux muscles de posture, la respiration et au cœur… Ce n’est pas une dégénérescence progressive: d’un coup, plus rien ne va.» Souvent, les propriétaires de chevaux retrouvent leur animal mort, alors qu’il semblait aller bien la veille: la maladie agit en 24 heures en moyenne.

En automne et au printemps

C’est en automne et au printemps que la maladie touche les chevaux. «Cette année, cela a commencé plus tard chez nous: comme l’automne était doux, les graines n’étaient pas tombées sur le sol», constate Dominique Votion.

La chercheuse émet une hypothèse: «On pense que la toxine est présente pour protéger la graine à un certain moment de son cycle de vie. Quand elle tombe sur le sol à un moment où il y a beaucoup d’humidité, la toxine lui permet de poursuivre son métabolisme normal.» Puis au printemps, la toxine est là au moment de la croissance. «Les plantules sont fragiles, et contiennent de l’hypoglycine A

Un travail de prévention

Il existe un traitement, qui s’attaque aux symptômes: «Il faut agir dans la première heure, même avec le meilleur antidote. Le taux de mortalité est de 68%.» C’est pourquoi le travail essentiel est dans la prévention. «Les propriétaires de chevaux sont au courant de l’existence de la maladie… L’an dernier, notre site enregistrait jusqu’à 8 000 visites par jour.» Le problème, c’est que les gens se sentent protégés, et pensent que ça ne leur arrivera pas à eux. «On pense qu’il y a toujours eu des érables, que c’est sans risque. Mais c’est une maladie émergente, qui n’existait pas avant, pour des raisons que l’on étudie encore.»